PROGRAMME COMPLET

Rencontres de Sophie 2021 « LE PEUPLE »

2021 – Le Peuple

Cher.e.s ami.e.s,

Vous ne pouviez pas imaginer le report des Rencontres de Sophie. Mais la COVID et les directives sanitaires allaient nous empêcher de nous rencontrer physiquement au Lieu Unique en ce mois de janvier 2021, comme lors de nos 20 éditions précédentes. Une décision était prise : il fallait reporter les Rencontres de Sophie !

Mais c’était sans compter l’irrépressible envie du Lieu Unique et de Philosophia d’assurer une certaine continuité culturelle de qualité quelles que soient les circonstances. Les équipes du Lieu Unique et de Philosophia ont donc choisi de reprogrammer quelques-uns des événements prévus, vendredi 29 et samedi 30 janvier, en direct sur la chaîne YouTube du Lieu Unique https://www.youtube.com/user/lelieuunique . Les émissions ont été diffusées de 14h 30 à 19h 00 le vendredi et de 14h 30 à 19h 30 le samedi.

Haut les cœurs et poings levés, la COVID ne passera pas sur les Rencontres de Sophie « Le peuple » 2021 !

Nous remercions infiniment les services techniques du Lieu Unique et les intervenants pour leur précieuse participation.

https://www.youtube.com/user/lelieuunique

https://www.lelieuunique.com/evenement/les-rencontres-de-sophie-10

http://philosophia.fr/activites-rencontres/rds-les-rencontres-de-sophie/2021-le-peuple

 

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Présentation du thème :

La démocratie est cet étrange régime politique qui associe à l’évidence de sa légitimité l’obscurité de sa source : le peuple. Mais qui est ce peuple ? Tous les habitants d’un territoire ? Une communauté homogène liée par une langue, une histoire, une culture ? N’existe-t-il qu’au moment de l’élection ou dans l’exercice de la citoyenneté ? Ou encore comme une masse s’opposant aux élites, ce que suggèrent les populismes, que nous interrogerons aussi ? Il s’agira également de réfléchir à ce que l’on qualifie de populaire : une classe, une culture, une littérature, un art. À l’horizon de ces rencontres : la conviction que le travail de la pensée peut contribuer à une construction plus juste de notre existence en commun.

 

    VENDREDI 29 JANVIER

 

14H30 – 15H30 QUI EST LE PEUPLE ? – CONFÉRENCE DE GÉRARD BRAS

 

Présentation : Le nom de « peuple » rencontre plusieurs sens, selon celui qui l’utilise, selon les moments de l’histoire. S’agit-il d’un mot fourre-tout disponible pour toutes les démagogies ? Nous montrerons, au contraire, que c’est un nom qui pose la question de l’égalité, dans tous ses aspects, qui engage à s’interroger sur la démocratie et sa puissance.

Gérard Bras est professeur de philosophie et président de l’Université Populaire des Hauts-de- Seine. Son travail porte sur l’esthétique, la philosophie politique et Spinoza. Il collabore au Groupe d’Étude du Matérialisme Rationnel, qui édite depuis plus de vingt ans des ouvrages, sous le titre collectif De la Puissance du peuple. Il a notamment publié Les ambiguïtés du peuple (Pleins Feux, 2008) ; Les voies du peuple (Amsterdam, 2018) et dirigé De l’injustice.

16h—17h10 : L’ABÉCÉDAIRE : 3 lettres, 3 mini-conférences, 20 minutes chacune.

En temps normal, ce sont 26 thèmes philosophiques (un pour chacune des lettres de l’alphabet) qui sont abordés sous forme de mini-conférences le temps de l’événement. Cette année, c’est un Abécédaire un peu spécial qui vous est proposé. Quelques lettres choisies vous sont présentées, dans le désordre !

16h 00   – 16h 20 : U

Intervenante : Evelyne GUILLEMEAU

Notion : UNITÉ ET MULTITUDES

Présentation : Qu’est-ce qui fait qu’un peuple est un peuple ? Cette unité est-elle une donnée historique et sociale ou bien, sinon une idée transcendante, du moins une construction juridique ? Et l’identité d’une personne participe-t-elle d’une essence ou d’une décision  administrative ? Une population recensée dans le cadre d’un État peut n’avoir d’unité que formelle dès lors qu’elle ignore la diversité humaine fruit des bouleversements historiques. Ainsi,  l’expérience enseigne qu’on ne rencontre jamais Le peuple, mais  des familles, des groupes, des associations, des organisations, des ligues, des Églises, et pire encore,  des foules. En un mot, on a le plus souvent affaire à une multitude de gens qui vaquent à leurs affaires sans se soucier des relations objectives qui forment le tissu social. Les populations qui partagent un même territoire et vivent sous une autorité et une loi communes se présentent bien plus souvent sous cette forme instable voire chaotique. Qu’on la nomme « la plèbe », « la populace » pour s’en distinguer avec mépris ou qu’on adule les « masses populaires », la multitude inspire autant la crainte des révoltes que l’espoir d’une société plus juste et plus démocratique. Quelle puissance politique est capable d’instaurer la concorde civile ? Cette question est au cœur de la démocratie.

Conseil de lecture : Étienne Balibar, La crainte des masses. Politique et philosophie avant et après Marx. Paris , Galilée, 1997.

Agrégée et Docteur en philosophie, Evelyne GUILLEMEAUest professeur de philosophie au lycée Galilée de Guérande. Auteur d’une thèse sur « La nature et la raison chez Spinoza » (Université de Rennes1, 2000). Régulièrement invitée à participer aux études spinozistes en France, au Portugal ainsi qu’au Brésil où elle a enseigné à l’Université catholique de Brasilia et fait des traductions.

16h 25 – 16h 45 : O

Intervenant : Jean-Luc NATIVELLE

Notion : OPIUM

Présentation : L’opium du peuple, sous la plume de Karl Marx en 1843, c’est la religion. Par sa promesse d’un monde meilleur dans l’Au-delà, elle endort la douleur de la misère sans la soigner et incite les plus pauvres à accepter leur sort ici-bas. Le pouvoir est ainsi d’abord idéologie, autour d’instruments qui persuadent les peuples qu’ils obéissent d’eux-mêmes. La Boétie, trois siècles plus tôt, avait déjà dit son étonnement devant la capacité des peuples à la servitude volontaire. Aujourd’hui, chacun peut prétendre ne plus être dupe des manipulations du pouvoir, en allant puiser à toutes les sources d’information possibles. À moins que l’effet de persuasion produit ne soit une autre forme d’opium.

Conseil de lecture : Gérald Bronner, La Démocratie des crédules, éditions PUF.

Jean-Luc NATIVELLE est né en 1963 à Condé-sur-Vire dans la Manche. Marié, père de deux garçons, il vit dans la région nantaise. Professeur agrégé de philosophie, enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles à Angers, il intervient également à l’Université Permanente de Nantes.

16h 50 – 17h 10 : H

Intervenant : André GUIGOT

Notion : HYGYENISME

Présentation : Jamais, la société française n’avait été autant atomisée, jamais les groupes humains n’avaient à ce point été dispersés, fragilisés par toutes les réformes successives qui, tout gouvernements confondus, ont conduit à façonner des individus devenus consommateurs-citoyens, des conso-citoyens dont la valeur et l’identité se mesurent désormais à leur seule capacité à « s’adapter » à un environnement menaçant, fuyant, avec comme horizon indépassable la fluidité, le déracinement, bref la modernité. Le mot « disruptif » sert désormais à qualifier le courage d’un genre nouveau, la seule qualité morale résidant dans la faculté à « sortir de notre zone de confort » (d’où la mort programmée de tout ce qui rassure : statuts, acquis – conquis – sociaux, droits du travail, etc.). Pour compenser les effets catastrophiques de la fragilisation des vies conçues comme nouveau moteur de l’Histoire, l’idéologie dominante déferle avec son noir jumeau : l’hygiénisme. Le but de notre réflexion ? Cerner les significations les plus marquantes de l’hygiénisme comme une passion nouvelle de purification, comme pouvoir à exercer sur les autres et sur soi-même, un pouvoir aux multiples facettes, jamais neutres, empruntant à des disciplines aussi diverses que la médecine, l’éducation, la politique, la morale, l’économie, l’agriculture, la psychologie. Cerner les significations, mais pas seulement. Imaginer, au moins à titre d’hypothèse, des chemins pour en sortir.

Conseil de lecture : Michel Foucault, Le pouvoir Psychiatrique, Cours au Collège de France.

André GUIDOT a fait des études de philosophie et de droit à Brest. Licence et Maîtrise de philosophie à Nantes, DEA de philosophie juridique à Caen, Diplôme du Collège International de Philosophie à Paris (dir. Mr Badiou), Doctorat de philosophie à Paris I-Sorbonne : « L’ontologie politique de Jean Paul Sartre » (Édition Presse Universitaire du Septentrion), Direction : Mr Stanguennec, Mme Védrine, (2000). Il est chargé de cours à l’université de Nantes (Philosophie morale et politique) et professeur au lycée Appert à Orvault.

17H30 – 19H : DEBAT – FAUT-IL AVOIR PEUR DU POPULISME ? – DEBAT AVEC LYNDA DEMATTEO, MARC-OLIVIER PADIS ET CHRISTOPHE VENTURA, ANIME PAR PASCAL MASSIOT RETRANSMIS EN DIRECT, EN PARTENARIAT AVEC LA RADIO JET FM 91.2

Présentation : C’est un phénomène inédit et une contradiction en soi : le mot « populisme » est sur toutes les lèvres et connaît une extension mondiale alors qu’une définition tant universelle qu’irréfutable reste introuvable. Hier une quasi-insulte, il finit aujourd’hui par être revendiqué positivement. Parle-t-on d’une tendance à privilégier la parole du peuple au détriment des élites ? Cette même tendance qui consiste à user de démagogie pour flatter les opinions et ainsi tromper la foule, lui faisant croire qu’elle a toujours raison et que le pouvoir est en elle ? Ou s’agit-il d’en appeler aux fondamentaux de notre démocratie, le pouvoir du peuple, qui choisit ses représentants directement ou indirectement, comme c’est le cas en France ? Le populisme participe-t-il d’une réaction face au « désenchantement démocratique » et au développement des inégalités ? Dérive manipulatoire pour les uns, espoir de souveraineté pour les autres, faut-il avoir peur du populisme ?

Lynda Dematteo est anthropologue et spécialiste de la vie politique italienne. Elle est l’auteure de L’idiotie en politique (CNRS éditions, 2006), un ouvrage consacré à la Ligue. Elle poursuit des recherches ethnographiques en Europe et aux États-Unis sur les conséquences politiques de la globalisation et le populisme autoritaire.

Marc-Olivier Padis est directeur des études et chargé des relations internationales du laboratoire d’idées Terra Nova. Normalien, agrégé de Lettres, il a été rédacteur en chef puis directeur de la rédaction de la revue Esprit.

Christophe Ventura est directeur de recherche à l’IRIS. Spécialiste de l’Amérique latine, il a réalisé un grand nombre de missions dans la région (Argentine, Brésil, Mexique, Amérique centrale, Venezuela, Uruguay). Journaliste, il suit depuis le début des années 2000 les évolutions politiques, économiques, sociales et géopolitiques dans cette région et publie régulièrement des articles dans divers journaux et revues. Engagé dans le milieu associatif international, il a participé à la conception et à l’organisation des Forums sociaux mondiaux depuis leur fondation en 2001 (Porto Alegre, Brésil).

Pascal Massiot, économiste de formation, est journaliste et rédacteur en chef de la radio Jet FM.

SAMEDI 30 JANVIER

14H30 – 15H30 : APPROCHES SOCIOLOGIQUE ET HISTORIQUE DES CLASSES POPULAIRES – DISCUSSION ENTRE  ISABELLE COUTANT, THIERRY GUIDET ANIMEE PAR OLIVIER DEKENS

Présentation : Qu’est-ce que le peuple pour les sociologues ? Quelles catégories mobilisent-ils pour pouvoir l’étudier et rendre compte de ses transformations ? Quelles sont leurs méthodes pour l’appréhender avec objectivité, sans misérabilisme ni populisme ? Et pourquoi parlent-ils aujourd’hui des classes populaires au pluriel ? Ce pluriel met-il à mal les possibilités d’un horizon commun ?

Isabelle Coutant est sociologue, directrice de recherche au CNRS. Elle est l’auteure de Délit de jeunesse (La Découverte, 2005) ; Les migrants en bas de chez soi (Seuil, 2018), et co-auteure de La France des « petits-moyens » (La Découverte, 2008) et de Sociologie des classes populaires contemporaines (Armand Colin, 2015).

Thierry Guidet, de formation littéraire et philosophique, est diplômé du Centre de formation des journalistes (Paris). Il a dirigé la rédaction de Nantes de Ouest-France (où il est entré en 1976), a été directeur général adjoint de l’École supérieure de journalisme de Lille (qu’il a rejointe en 2000), puis a fondé à Nantes (en 2007) la revue Place Publique qu’il a dirigée jusqu’en 2015. Ses ouvrages les plus récents sont : Dictionnaire de Nantes (codirecteur, PUR, 2013) ; La Rose et le Granit : le socialisme dans les villes de l’Ouest (l’aube, 2014) ; avec Alain Croix, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc’h, Histoire populaire de Nantes (PUR, 2017).

Olivier Dekens est professeur de philosophie en classes préparatoires littéraires au Lycée Guist’hau de Nantes. Il consacre ses travaux à la philosophie moderne et contemporaine, notamment : Lévi-Strauss, Figures du savoir (Les Belles Lettres, 2010) ; L’intelligence du lointain. La philosophie à l’école de l’anthropologie (Armand Colin, 2012) ; Le structuralisme (Armand Colin, 2015).

16h—17h10 : L’ABÉCÉDAIRE : 4 lettres, 4 mini-conférences, 20 minutes chacune.

En temps normal, ce sont 26 thèmes philosophiques (un pour chacune des lettres de l’alphabet) qui sont abordés sous forme de mini-conférences le temps de l’événement. Cette année, c’est un Abécédaire un peu spécial qui vous est proposé. Quelques lettres choisies vous sont présentées, dans le désordre !

16h 00 – 16h 20 : A

Intervenant : Jean-François CREPEL

Notion : ANONYMAT

Présentation : Le «peuple» n’est peut-être que le nom romantique de la foule. C’est ce soupçon qui anime sans doute Kierkegaard quand il décide de se laisser prendre comme objet de caricature par le journal satirique de Copenhague : Le corsaire, ayant conscience qu’il  sabote, par  là-même, auprès du  public, sa réputation d’écrivain «populaire». Cependant, cette démarche a valeur de message adressé comme toujours indirectement à ses lecteurs, et qu’on peut tenter de décoder ainsi : méfiez-vous de la foule et de son pouvoir de persécution des individus que nous sommes! N’oubliez jamais qu’il faut des noms propres pour donner un sens personnel à ce qui se lit! Cependant, si la foule est anonyme, cela signifie-t-il pour autant que le peuple, lui, est condamné à être sans visage? Et de qui Kierkegaard est-il le nom ?

Conseil de lecture : Kierkegaard, Point de vue explicatif de mon œuvre.

Jean-François Crépel est professeur en lycée depuis 1999 à Nantes. Il collabore avec l’association Philosophia et est chargé de cours à l’université permanente de Nantes.

16h 25   – 16h 45  : E

Intervenante : Céline BELLOQ

Notion : ÉMANCIPATION

Présentation : Nous pouvons attendre à juste titre d’un peuple en démocratie qu’il soit émancipé. Pour qu’il puisse en effet exercer le pouvoir, encore faut-il qu’il puisse penser et décider par lui-même, que sa pensée ne lui soit pas dictée par des tuteurs s’arrogeant le droit de savoir à sa place. S’émanciper signifie sortir d’un état de tutelle, refuser de s’en remettre à des tuteurs. Pour qu’un peuple soit émancipé,  les groupes d’individus qui le composent ne doivent pas se trouver eux-mêmes assujettis à un pouvoir supérieur, qu’il soit religieux, économique, communautaire, genré, colonial, idéologique ou médiatique. Comment promouvoir une telle émancipation ? Est-ce par les lois, par l’éducation, que certaines minorités vont pouvoir s’émanciper du joug d’autres ou faut-il s’en remettre à des processus insurrectionnels immanents au peuple ?

Nous essaierons de résoudre cette question en examinant la nature même de l’émancipation, ainsi que les processus émancipatoires. Puis, mettant notre réflexion à l’épreuve d’exemples actuels, nous nous interrogerons sur les formes nouvelles que prennent les obstacles à l’émancipation.

Conseil de lecture : Kant Qu’est-ce que les Lumières ?

Céline BELLOQ est professeure agrégée de philosophie au Lycée les Bourdonnières à Nantes. Originaire du Sud-Ouest, elle a fait ses études à Paris et a enseigné aussi à l’étranger, en Afrique du Sud, en Argentine, en Equateur, à Singapour. Elle a publié Être soi avec Heidegger (2009) et Lâcher prise avec Schopenhauer (2011) aux éditions Eyrolles.

16h 50 – 17h 10 : J

Intervenant : Sylvain PORTIER

Notion : JACQUES CHIRAC

Présentation : Nous savons tous qui est Jacques Chirac : il fut Secrétaire d’État sous de Gaulle, Ministre de l’Intérieur puis de l’Agriculture sous Pompidou, Premier Ministre de Giscard d’Estaing, député de Corrèze, maire de Paris, Président de la République française, et nous lui devons le Musée du quai Branly, consacré aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Mais, puisque tout peuple possède un État et un représentant, une autorité qui organise le droit de ce peuple, le cas chiraquien nous semble singulièrement intéressant. Toute la question est en effet de déterminer si cette différence entre le peuple et son Souverain est ou non une opposition, et jusqu’où ce personnage politique parvient à résoudre ce que Hegel appelait la « contradiction non-résolue » de l’incarnation du corps de la Nation par le corps d’un simple homme (et de la matérialité de l’Institution qui l’entoure). Dès lors, en quoi, peut-être plus que tout autre, pouvons-nous considérer que Chirac personnifia à la fois une époque et un peuple, dans l’ère moderne ? Savons-nous si bien que cela qui il est, intimement et politiquement ? C’est ce que nous aimerions développer en menant une quasi phénoménologie de Jacques Chirac, qui soulignera la singularité du lien qui l’a uni, pas toujours dans un calme olympien, à son peuple. Arguons que ces analyses dépassent la seule histoire française, et contiennent des enseignements philosophiques qui ont bel et bien une valeur de questionnement universelle.

Conseil de lecture : Hegel, Principes de la philosophie du Droit.

Professeur certifié de philosophie Sylvain PORTIER est chargé de cours à l’Université de Nantes, il enseigne au lycée Aimé Césaire de Clisson. Il est titulaire d’un Doctorat consacré à la philosophie de Fichte.

17h 15 – 17h 35  : F

Intervenant : Thibault HERY

Notion : FAIRE PEUPLE

Présentation : Le phénomène est suffisamment fréquent pour qu’il tire vers la norme : tout candidat à une élection  nationale,  s’il  appartient  aux  catégories  socio-professionnelles  les  plus  élevées,  doit  tant que possible «faire peuple», c’est-à-dire renoncer temporairement à la hauteur, à la distance de la  distinction  sociale  pour  adopter  ou  mimer  des  pratiques  associées  à  la  culture  populaire.  Les deux  anciens  présidents  français  récemment  décédés,  Valéry  Giscard  d’Estaing  et  Jacques Chirac, étaient passés maîtres dans cette pratique : l’un et l’autre étaient parvenus à se «rendre populaires»,  que  ce  soit  par  l’accordéon,  le  football  et  les  dîners  chez  l’habitant,  ou  par  les contacts à tu et à toi avec les éleveurs des campagnes corréziennes et du Salon de l’agriculture, l’enjambement  acrobatique  des  tourniquets  de  métro  et  l’amour  de  la  bière  Corona.  Au-delà  de l’anecdote, la tendance interroge : ne découle-t-elle pas, au fond, d’un rapport très paradoxal que les démocraties entretiennent à leurs élites? Si l’on se méfie de la hauteur, du surplomb de ceux qu’on estime «hors-sol», éloignés des préoccupations des «vrais gens», suspects de favoriser des  intérêts  d’une  «caste»,  de  l’«establishment»,  au  détriment  de  ceux  «d’en  bas»  ou  de  la «périphérie»,  on  leur  donne  cependant  le  pouvoir  de  façon  exclusive,  plutôt  qu’aux  candidats appartenant aux professions d’ouvriers ou d’employés, voire l’on s’indigne et l’on se moque quand ces derniers arborent des signes de leur appartenance populaire (comme un tee-shirt à un débat présidentiel). Dans les dernières pages de son ouvrage de 1963, De la révolution, Hannah Arendt pose le problème : comment les systèmes politiques modernes, nés d’une recherche de liberté et d’égalité, peuvent-ils être conciliés avec l’autorité, sans qu’au bout du compte le «gouvernement du peuple par le peuple» ne se réduise à sa formule oligarchique : le «gouvernement du peuple par une élite issue du peuple» ?

Conseil de lecture : Hannah ARENDT, De la révolution (1963), Paris, Gallimard, 1964, 2012.

 Thibaut Héry est professeur agrégé de philosophie au lycée Grand Air, de La Baule.

18H – 19H30 : QU’EST-CE QU’UN ART POPULAIRE ?

DISCUSSION ENTRE JOËLLE DENIOT ET JEROME ROSSI, ANIMEE PAR JEAN-MICHEL VIENNE 

Présentation : Il est des romans, des films, des chansons, une histoire que l’on dit « populaires ». Quels sont les critères d’une telle appellation : le succès, la facilité d’écriture, la simplicité, des caractéristiques de forme donc (parfois méprisantes) ; ou l’appellation providentielle de l’objet traité : les modes de vie d’une certaine partie de la société, ses goûts, ses conceptions ? Et quelle est la fonction de ces productions dites populaires : le divertissement (comme détente autant que comme oubli) ou la conscience de classe ? Les trois intervenants tenteront, à partir de la chanson, du film et de l’histoire, de dresser le tableau de ce « populaire ».

Joëlle Deniot, professeure à l’université de Franche-Comté, travaille en socio-anthropologie de l’esthétique, de l’image, des cultures populaires, de la chanson. En 2012, elle publie Édith Piaf, la voix, le geste, l’icône (Lelivredart) et en 2014, Eros et liberté (avec Antigone Mouchtouris et Jacky Réault, Le Manuscrit).

Journaliste et écrivain, Thierry Guidet a travaillé à Ouest-France et à l’École Supérieure de Journalisme de Lille (dont il a été directeur général adjoint) avant de fonder et de diriger la revue Place Publique. Il a publié une quinzaine d’ouvrages : romans, analyses politiques et notamment (en collaboration) Histoire populaire de Nantes (P.U.R., 2017) et Histoire populaire de la Bretagne (P.U.R., 2019).

Jérôme Rossi est maître de conférences en musicologie à l’université de Nantes et compositeur. Il travaille sur les rapports entre musique et cinéma.

Jean-Michel Vienne est professeur honoraire de philosophie à l’université de Nantes.

A l’occasion des Rencontres de Sophie » Le peuple » des 29-30 janvier 2021

voici la contribution bibliographique des Editions M-Editer.

LE PROGRAMME INITIALEMENT PREVU

Etaient initialement invité.e.s :

Caroline Baudouin, Céline Belloq, Magali Bessone, Gérard Bras, Philippe Cormier, Jean-François Crépel, Pierre Dardot, Olivier Dekens, Lynda Dematteo, Roland Depierre, Joëlle Déniot, Camille Dreyfus-Le Foyer, Jean-Marie Frey, Joël Gaubert, Isabelle Garo, Katia Genel, Angelo Giavatto, Armelle Grenouilloux, Florent Guénard, Thierry Guidet, André Guigot, Evelyne Guillemeau, Thibault Héry, Audrey Jougla, Jean-Luc Jousse, Bernard Lahire, Gabrielle Marion Ledru, Michel Malherbe, Yoann Malinge, Nicolas Mathieu, Françoise Mélonio, Boris Misura, Jean-Luc Nativelle, Marc-Olivier Padis, Axelle Petit, Sylvain Portier, Yvon Quiniou, Gabrielle Radica, Judith Revel, Jacques Ricot, Franck Robert, Pierre Rosanvallon, Jérôme Rossi, Nadia Taïbi, Christophe Ventura, Sophie Wahnich, …

VENDREDI 29 JANVIER

14h—19h10 / Atelier 2 L’Abécédaire 1ère partie : 9 conférences de 20 mn (voir le programme ci-dessous)

14h30—15h30 / Grand Atelier Qui est le peuple ? Conférence de Gérard Bras

16h—17h / Atelier 1 La politique avec Aristote. Polis, peuple et naturalisme politique Cabinet de l’historien par Angelo Giavatto

16h15—17h15 / Grand Atelier Demos et ethnos Entretien avec Magali Bessone, animé par Olivier Dekens

18h—19h / Grand Atelier Le peuple comme acteur de la souveraineté Conférence de Pierre Dardot

18h15—19h15 / Atelier 1 Le peuple chez Rousseau Cabinet de l’historien par Gabrielle Radica

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SAMEDI 30 JANVIER

14h—19h10 / Atelier 2 L’Abécédaire 2e partie : 9 conférences de 20 mn (voir le programme ci-dessous)

14h30—15h30 / Grand Atelier L’approche sociologique du peuple Conférence de Isabelle Coutant

16h15—17h15 / Grand Atelier Écrire le peuple Entretien avec Nicolas Mathieu, animé par Jean-Luc Nativelle

17h30—18h30 / Atelier 1 Tocqueville : éduquer le peuple ? Cabinet de l’historien par Françoise Mélonio

18h—19h30 / Grand Atelier Qu’est-ce qu’une culture populaire ? Table ronde avec Joëlle Deniot, Thierry Guidet et Jérôme Rossi, animée par Jean-Michel Vienne

20h30—22h / Grand Atelier Faut-il avoir peur du populisme ? Débat avec Lynda Dematteo, Marc-Olivier Padis et Christophe Ventura, animé par Pascal Massiot Retransmis en direct, en partenariat avec la radio Jet FM 91.2

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DIMANCHE 31 JANVIER

14h—18h50 / Atelier 2 L’Abécédaire 3e partie : 8 conférences de 20 mn (voir le programme ci-dessous)

14h30—15h30 / Grand Atelier Qu’est-ce qu’une colère révolutionnaire ? 1775-1795 Conférence de Sophie Wahnich

15h30—16h30 / Atelier 1 Le peuple chez Marx, entre classe et nation : quelle actualité ? Cabinet de l’historien par Isabelle Garo

16h15—17h45 / Grand Atelier La démocratie représentative aujourd’hui : mérites, limites et perspectives Table ronde avec Florent Guénard et Judith Revel, animée par Agnès Grivaux

17h15—18h15 / Atelier 1 Le peuple introuvable ? Arendt et le défi de la politique Cabinet de l’historien par Katia Genel

18h30—19h30 / Grand Atelier Populisme et démocratie Conférence de Pierre Rosanvallon

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 ABÉCÉDAIRE « Le peuple »

Vendredi 29 janvier 2020

14h00   A   Assemblée, Michel Malherbe
14h25   B   Biosom, Armelle Grenouilloux
14h50   C   Collectif, Yoann Malinge

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16h 00   D   Démocratie, Camille Dreyfus-Le Foyer
16h 25   E   Emancipation, Céline Belloq
16h 50   F   Faire peuple, Thibault Héry

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18h 00   G   Gilets jaunes, Axelle Petit
18h 25   H   Hygiénisme, André Guigot
18h 50   I   Israélites, Philippe Cormier

Samedi 30 janvier 2020

14h00  J    Jacques Chirac, Sylvain Portier
14h25  K    Kierkegaard, Ou bien… Ou bien, Jean-François Crépel
14h50  L    La vague, Caroline Baudouin

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16h 00  M    Misérables, Franck Robert
16h 25  N    Nation et peuple, Yvon Quiniou
16h 50  U     Unité et multitude, Evelyne Guillemeau

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18h 00  P    Populisme, Joël Gaubert
18h 25  Q    Quantification, Audrey Jougla
18h 50  R    Rassemblement, Gabrielle Marion Ledru

Dimanche 31 janvier 2020

14h00   S     Stocochratie, Boris Misura
14h25   T     Totalitaire, Nadia Taïbi
14h50   O    Opium, Jean-Luc Nativelle

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16h 00   V     Volonté générale, Jean-Marie Frey
16h 25   W     Wei renmin Fuwu, Roland Depierre
16h 50   X     Xénélasie, Jacques Ricot

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18h 00      guaYaki, Olivier Dekens
18h 25   Z     Zola, Jean-Luc Jousse